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Dimanche 14 juin 2026

Extrait de l’homélie
de Sa Sainteté le pape Léon XIV
le 7 juin à Madrid

Nous sommes réunis autour de l’Eucharistie, don de la présence vivante du Christ parmi nous. C’est lui qui a voulu nous offrir sa vie pour nous faire entrer dans la communion du Père et faire de nous ses enfants. Il est ici, comme le Pain vivant descendu du ciel, qui nous nourrit de la vie même de Dieu, d’un amour plus fort que la mort.

Ce mémorial du Seigneur présent dans le Pain eucharistique est au cœur de votre foi et de l’histoire de votre peuple. Ici à Madrid, mais aussi dans tant d’autres lieux d’Espagne, le Corpus Christi n’est pas une fête de plus dans le calendrier liturgique, mais un retour aux racines de la foi pour renouveler l’amour et la fidélité à Dieu. Les processions solennelles de ce jour ont façonné pendant des siècles la piété, l’art, la musique, l’architecture et la vie du peuple espagnol. Encore aujourd’hui, elles expriment et manifestent le sentiment spirituel de ce pays à travers la beauté et l’élégance des tapis de fleurs, des autels dans les rues, du soin apporté aux ostensoirs et à leur exposition, ainsi que des chants et des ornements. Il ne s’agit pas d’une manifestation extérieure, d’une survivance folklorique ou d’une simple parure esthétique : il s’agit ici de la foi en la présence du Seigneur ressuscité, qui est vivant et continue de passer au milieu de nous, qui se fait pain pour notre faim de vie et visite les recoins de notre cœur et de notre histoire, même les plus sombres.

Ainsi, si le Christ se donne en nourriture lors de la célébration eucharistique, la procession dit qu’Il ne reste pas enfermé dans le temple, mais qu’Il sort à notre rencontre. Jésus marche dans les rues, traverse les places, visite nos quartiers, habite les lieux de notre vie quotidienne. Il est le Dieu proche qui marche avec son peuple, le Seigneur de l’histoire, la consolation des faibles, la lumière pour les familles, l’espérance pour les malades, la paix pour ceux qui souffrent. Le Christ qui passe dans les rues dans l’ostensoir est le même qui s’identifie aux pauvres, aux opprimés, à ceux qui sont seuls et sans défense. Ce n’est pas un hasard si ici, en Espagne, l’Église a uni pendant des années la solennité du Corpus Christi à la Journée de la Charité.

Il ne s’agit pas seulement de sortir l’ostensoir, mais de sortir nous-mêmes de l’égoïsme, de l’indifférence, d’une foi confortable et privée, pour répondre à son invitation à la conversion, changer notre regard, accueillir sa présence qui nous transforme et fait de nous des bâtisseurs d’un monde nouveau.

C’est pourquoi la mémoire historique des processions du Corps et du Sang du Christ ne se laisse pas emprisonner dans la nostalgie ; elle devient, au contraire, une invitation aujourd’hui, pour notre vie personnelle, pour nos relations, pour la société, pour la construction de l’avenir. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre l’invitation à “se souvenir” que nous avons entendue dans la première lecture : « Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur, ton Dieu, t’a fait parcourir ces quarante années dans le désert » ; souviens-toi de comment, quand tu avais faim, il t’a nourri de la manne. Il s’agit de “se souvenir” précisément pour ne pas oublier qui est le Seigneur et pour ne pas succomber à la tentation de se fier à d’autres idoles et de se nourrir d’un pain qui ne rassasie pas…

(pour lire l’homélie complète, cliquez ici)